La 4ème grand principe de la permaculture que nous allons voir aujourd’hui, c’est comment faire sa feignasse (sisi, mais une feignasse intelligente) et faire en sorte de dépenser peu d’énergie pour que les systèmes s’auto-entretiennent. Nous verrons l’importance de rompre les cercles vicieux et d’encourager les cercles vertueux. Au jardin bien sûr, mais j’ai envie cette fois d’insister sur le fait que tous ces grands principes sont également valables en nous-mêmes… A vos grelinettes, et c’est parti !
Sommaire
Débuter en permaculture, c’est d’abord réfléchir
Réfléchir avant d’agir est la clef pour dépenser moins d’énergie. En faisant un plan avant de se lancer, on anticipe une bonne partie des problèmes.
Le tout est ensuite de ne pas TROP réfléchir. Tout ne pourra pas être optimisé du premier coup. Mieux vaut donc se lancer et démarrer petit.
Faire évoluer ensuite le jardin, le potager ou la forêt très doucement, en continuant à observer.
C’est un dialogue permanent entre soi et l’environnement. Nous essayons quelque chose, il répond, nous décidons si cela va dans le bon sens pour répondre à notre grand objectif (produire du miam) et nous ajustons si besoin.
Pas besoin de faire un plan immense avant de lancer un projet tout aussi immense. Un tout petit plan, une toute petite action, et on avance pas à pas avec le jardin. C’est le plus sûre moyen de débuter la permaculture en douceur, tout en continuant à apprendre et en passant rapidement à l’action.
Prendre en compte la rétroaction
La mise en place de cercles vertueux et la limitation de l’ampleur des cercles vicieux contre lesquels on ne peut pas lutter pour le moment est l’un des points essentiels pour réussir en permaculture.
L’autonomie, le Graal du permaculteur
Un système qui se gère lui-même et prospère sans l’intervention humaine, c’est un peu ce dont rêve le jardinier en permaculture. Comment diable est-ce possible ?
C'est ce qu'on appelle l'homéostasie, en théorie. Un système est censé revenir tout seul à son point d'équilibre... Pour peu qu'on le laisse tranquille ! Mais avant de parler de ça, pensez à un terrain comme vous penseriez à une personne : elle est unique, avec son caractère, ses manies et ses particularités. Et son point d'équilibre sera un peu différent en fonction de chaque lieu.
Au lieu de chercher des formules toutes prêtes, voyez ce qui fonctionnera pour vous. Soyez l’ingénieur de votre propre jardin.
Inventez vos solutions, adaptez-les sur-mesure à vos problématiques.
Une fois que vous avez un début de solution, bien sûr, apprenez des autres jardiniers ! Mais gardez en tête que chacun doit trouver des réponses qui répondent à sa propre question, et qu’aucune question n’est identique.
Gardez l’esprit vif, ouvert et inventif !
L’homéostasie, ou la capacité de la terre à prendre soin d’elle-même
L’homéostasie, c’est la capacité des organismes à se régénérer eux-mêmes lorsqu’ils sont mis au repos.
La terre a cette capacité, elle n’a pas besoin de nous.
Mais comme notre but lorsque nous démarrons un jardin, un potager ou une forêt comestible c’est de produire des fruits ou des légumes, nous avons besoin de l’aider un peu pour accélérer le processus.
Une terre « dégénérée » c’est un sol pauvre, non fertile, globalement c’est un espace sans arbres. Cette étape ne peut être que transitoire, toute prairie ou toute friche finira par devenir une forêt. Seulement, ça prend du temps. Et peut-être que vous ne voulez pas d’une forêt, peut-être que vous préférez un potager.
Vous pouvez donc intervenir dans ce cycle pour orienter la transformation de l’espace. Vous ne luttez donc pas contre l’homéostasie, vous accompagnez la régénération et favorisez l’implantation de certaines espèces plutôt que d’autres.
L’homéostasie s’applique-t-elle à l’humain ?
C’est une question qui est un peu en marge du sujet mais que je trouve intéressante.
Jardiner, une pratique spirituelle ?
Je trouve personnellement que le fait de prendre soin consciemment d’un espace de terre a quelque chose de profondément spirituel. Et je ne parle pas de trucs new age barrés, je veux dire dans le sens où cela ramène à soi et relie au monde.
On prend conscience de certaines limites, de fonctionnements, de principes… Avec plus de facilité lorsque nous ne sommes pas sujet.
C’est donc la terre que nous observons, mais parfois en prenant un peu de recul il est possible d’en tirer des leçons pour soi.
Le temps, ennemi et allié !
Pour que l’homéostasie puisse être à l’œuvre il faut du temps. Et le temps c’est précisément ce qui semble nous manquer le plus aujourd’hui. Donc pour retrouver cette capacité il faudrait réhabiliter ce qui est actuellement diabolisé. Le temps et le repos. En un mot : une forme d’oisiveté, de non productivité qui ne semble simplement plus acceptable. Sans se ménager ces espaces de vide, pas de régénération possible.
La quête du "toujours plus", frein à la régénération
Nous avons la capacité de voir l’homéostasie de la Terre parce que nous sommes dégagés de toute compulsion. Lorsqu’il s’agit d’opérer des changements chez nous, d’arrêter de faire certaines choses qui freinent cette régénération (je dis bien arrêter car il ne s’agit pas d’ajouter mais bien de se foutre un peu plus la paix, globalement), c’est bien plus difficile.
Les habitudes ont été ancrées, une peur du manque, du vide, des peurs à régler nous freinent dans ce changement, dans cette simplification.
Le problème c’est que plus nous nous obstinerons à ne rien changer et à nous complaire dans cette frénésie et dans le « plus » au lieu d’aller vers un peu de lenteur et du « moins », nous continuerons d’alimenter le cercle vicieux qui nous détruit. Pas seulement nous en tant que personne, mais bien le groupe social, l’humanité.
Nous comprenons aisément qu'une terre surexploitée ne pourra plus produire car elle aura été vidée de ses minéraux. On acceptera donc de la mettre en jachère, un temps. Ou de définir une façon plus respectueuse de travailler avec elle. C'est ça, la proposition de la permaculture, finalement !
Trouver des solutions concrètes
Comment faire alors ? Je crois que l’une des clefs est d’accepter les choses telles qu’elles sont.
On ne peut pas pour nous aller vers le moins.
S’imposer plus de lenteur ne fonctionne pas.
S’imposer plus de calme, plus de vide, plus de temps libre ne fonctionne pas, nous nous efforcerons de le combler.
Alors pensons à une façon bénéfique pour nous et pour le monde d’employer ce temps, employons-nous à aller dans ce sens.
Vous ne pouvez peut-être pas vous dire « ce dimanche je ne fais rien », et le terme « je prends du temps pour moi » est un peu vague.
Mais se dire « je me promène quelques heures dans la nature, c’est plus facile. Et cela exclue forcément toutes les activités « frénétiques » que l’on pourrait faire chez soi (scroller à l’infini sur son portable, terminer ce truc de boulot siiiii urgent, zoner devant netflix, youtube ou autre truc qui crée de l’agitation, etc.).
On admet donc notre incapacité à penser en termes de soustraction, en proposant une addition. Mais ce que l’on ajoute va dans le sens de cette lenteur nécessaire pour se régénérer.
Conclusion
Je ne peux pas m’empêcher d’insister sur le lien avec le 1er grand principe de la permaculture qu’est l’observation !
Sans cette étape obligatoire, impossible de comprendre quels sont les mécanismes de rétroaction et donc d’intervenir si cela est nécessaire.
Plus l’observation sera fine, plus il sera possible d’agir rapidement.
Plus nous sommes sensibles, plus nous percevons les modifications et plus il nous sera facile d’apporter un ajustement, car il est toujours plus facile de déraciner un arbre quand il fait 10cm que quand il fait 5 mètres.
C’est pour l’image, hein, je ne déracine pas les arbres…