Je me lance dans la création d’une forêt comestible, en partant de zéro. Pour le moment, rien ne se mange dans la partie boisée (ah si, des noisettes !). En partant d'une friche et d'un bout de forêt, comment réussir à transformer l'espace pour en faire une zone de production ? C'est le long chemin que je prends et qui risque d'occuper la prochaine décennie. Le site l'esprit des forêts est le témoin de ce parcours. Témoin des échecs, des difficultés, des apprentissages, et de l'avancement du projet.
Sommaire
Le rêve d’une forêt comestible
C’était un rêve d’enfant, de ceux qui restent tapis dans les tréfonds du cerveau et qui ressortent un jour sans crier gare. Je ressentais le besoin de me relier davantage à la nature, d’avoir un petit havre de paix dans lequel m’échapper de la ville dès que le besoin s’en faisait sentir. Après avoir écumé les annonces sur le bon coin et avoir vu quelques terrains peu inspirants, j’ai enfin trouvé mon bonheur, dans les gorges de la Loire. Je visais plutôt la Drôme ou l’Ardèche (comme tous les bobos lyonnais) mais la sécheresse et le manque d’accessibilité de certaines zones m’a rapidement fait abandonner cette idée.
C’est donc du côte de Roanne que j’ai trouvé ce superbe terrain. La première visite était magique, après une panne de voiture (le gentil GPS m’a indiqué une route qui n’en était pas une, la dépanneuse a dû venir dépanner…) et quelques péripéties, me voilà seule sur cette parcelle de plus de 2 hectares, le propriétaire avait dû s’absenter rapidement après notre rencontre.
Forêt comestible : du rêve à la réalité
L’exaltation du moment fait oublier le sens pratique.
Oui il y avait quelques ronces, mais je n’avais pas mesuré à quel point elles allaient devenir envahissantes l’été venu.
Oui le ruisseau avait un débit très faible mais je pensais pouvoir monter quelques seaux d’eau (pas question, en fait c’est hyper loin de la zone cultivable, avec une pente de folie).
Oui les voisins chassent mais bon… Et ben si en fait, ça m’empêche carrément d’aller sur le terrain à certaines périodes.
Je pense qu’aucun terrain n’est parfait. Après avoir confronté le rêve et la réalité, mon projet de forêt comestible tient toujours la route, seulement il se fera peut-être en 10 ans au lieu de 5. Le jeu consiste maintenant à s’adapter aux contraintes et faire du mieux que l’on peut avec ce dont on dispose.
Pour rêver avec moi, une vidéo qui offre une petite visite de la forêt comestible de mes rêves.
Créer une forêt comestible
En théorie, la création d’une forêt comestible est toute simple. Cet écosystème est censé imiter ce que fait la nature, donc reproduire différentes strates de végétation, tout un écosystème. Petit bonus par rapport à une forêt classique, celle-ci se mange (et on ne parle pas des sangliers). On privilégie donc les variétés portant des fruits, goûteux de préférence.
Jardin forêt et agroforesterie
La forêt comestible peut se créer quand on part d’un sol vierge. Ici ce n’est pas le cas : une bonne partie du terrain (les ¾) est déjà boisé. Il faudra donc composer avec les arbres bien établis pour introduire quelques espèces comestibles. Dans ce cas, on parle plutôt d’agroforesterie. On part d’une forêt existante et on « l’améliore » pour pouvoir en récolter les fruits.
Pour la zone qui a subi une coupe à blanc il y a des années, c’est un peu plus compliqué. Mon but n’est pas de garder ce grand espace désolé, l’objectif est bien de replanter, d’où l’initiative de l’esprit des forêts qui propose de « parrainer » un arbre qui sera dédié à la personne de votre choix. Je veux bien replanter…
Mais savez-vous ce qu’il se passe lorsque le terrain est en transition entre du rien et de la forêt ? Les ronces occupent l’espace. Beaucoup de ronces. J’ai l’impression d’être le prince de la belle au bois dormant dans sa forêt épineuse. A en faire des cauchemars la nuit après une journée à débroussailler. Il faudra donc composer avec ce premier problème avant de pouvoir démarrer la partie jardin forêt à proprement parler.
Dans quel ordre planter les végétaux dans un jardin forêt ?
Et à l’origine, il y avait… De la ronce. Partout. Un épais tapis épineux qui donne certes beaucoup de mûres. Au lieu de l’enlever, je choisis de composer avec. Je débroussaille quand c’est critique, que l’accès à une zone est vraiment empêché. Sinon, je laisse des petits paquets de ronces par endroit que je remonte comme pour faire un chignon. On se retrouve avec des monstruosités de 4 mètres de haut, mais c’est beaucoup plus rangé. Oui, on peut aimer une certaine forme d’ordre dans ce chaos innommable qu’est les prémices d’une forêt comestible.
Les arbres
On commence par la strate la plus haute, la canopée. Actuellement la cime de ma canopée culmine à un bon... 50 cm ! Bon, mais petit figuier deviendra grand… Les ronces qui entourent les jeunes plants sont assez utiles pour éviter que mes amis chasseurs qui passent par là ne marchent dessus par accident. Ça évite aussi aux chevreuils de venir manger ces pousses-là spécifiquement, il y en a beaucoup d’autres bien plus accessibles. Pour le moment, il y a quelques fruitiers et je laisse les petites pousses de chêne s’épanouir.
Les arbustes
En même temps, je plante quelques arbustes (2-3 mètres de haut maximum) qui permettent d’occuper le sol tout en laissant de l’espace et donc de la lumière entre les plus grands arbres. On se retrouve avec du goumi du Japon, des amélanchiers du Canada, un cognassier du Japon, et bien sur tous les fruits des bois (framboises, groseilles, cassis, pour les mûres on a déjà).
Plantes vivaces / lianes
Quelques plantes vivaces, là je n’ai pas encore décidé, pour le moment on fait un essai avec des artichauts. J’ai aussi mis un peu de vigne à la lisière de la forêt déjà constituée de grands arbres. Quelques plans de kiwi, aussi.
Couvre-sol
Pour la dernière étape, il faudra choisir un couvre-sol ou des plantes rampantes. Les espèces choisies doivent bien supporter l’ombre. Ça évite d’avoir à désherber…
Au sous-sol
Petit bonus : pour aller sous la terre, quelques légumes racines. Pour le moment ce n’est vraiment pas au programme car le sol est TRES calcaire, je ne vois donc pas comment mes petites carottes pourraient s’épanouir dans cette caillasse. Ah oui, parce que le sol de base est assez pourri, j’avais oublié de préciser ce petit détail.
Le laboratoire de la forêt comestible
Ce site est un peu le cahier d’expérimentation qui permet à chacun de suivre cette grande aventure qu’est la création d’un jardin forêt. J’ai bien vu que de mon rêve à la forêt comestible il y avait un monde, mais je vois aussi qu’en faisant preuve de patience, on va finir par y arriver.
Les améliorations sont déjà nettes : une cuve a été installée pour récupérer l’eau de pluie, j’ai construit quelques meubles en rondins et palettes pour pouvoir tranquillement squatter la forêt sur plusieurs jours, j’ai dégagé un espace pour le feu, j’ai commencé à tracer des chemins à travers les ronces et j’ai déjà planté quelques arbres et arbustes. Quant aux essais "légumes", ils m’ont permis de déterminer que le sol n’était vraiment pas exploitable en l’état pour créer un petit potager. J’ai donc fait des lasagne (miam) pour récupérer un sol plus riche et oh, miracle, en un an on dirait que ça a fonctionné ! Je peux enfin admirer des petits vers qui grouillent dans la terre noire et la caillasse est enfouie 50cm sous cette nouvelle terre.